Le loup des grands chemins [PV Epon]

 :: Monde d'Endora :: Clan de l'Air :: GRANDES PLAINES Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Dim 19 Juin - 23:09

©Ourlak

Le loup des grands chemins


Depuis combien de temps marchait-elle le long de cette route ? Elle n'en avait plus la moindre idée, elle n'y pensait guère. Ses jambes ne semblaient pas fatiguées de sautiller et son ventre ne se décidait pas à lancer son grommellement de détresse habituel.
Ce n'était pas pour lui déplaire ! Les limites de son petit corps frêle étaient les seules qui la contraignaient à arrêter ses aventures la plupart du temps. « Pas de nouvelles, bonne nouvelle » comme disaient les grands. Perrine n'avait jamais trop compris cette expression mais la répétition qu'il y avait dedans lui plaisait pas mal, elle donnait un petit air chantant à la phrase et tout ce qui pouvait se chanter était sympa.
La caravane de Mearotz et le nuage de poussière qu'elle laissait dans son sillage n'apparaissaient toujours pas à l'horizon. La fillette plissa des sourcils, lui donnant un petit air comique inhabituel. Elle n'était pas inquiète, à vrai dire elle ne connaissait pas vraiment l'inquiétude, mais elle commençait à s'impatienter. Elle la voulait son histoire, et son petit vieillard avait décidé de prendre la poudre d'escampette bien plus vite qu'un lapin faisant face à un loup !
Mais il ne s'en sortirait pas comme ça, c'était sans compter sur le fait que les guibolles de la petite fille tenaient une forme d'enfer.

Les paysages du clan de l'Air n'étaient pas des plus variés dans cette région, le vent balayait sans cesse le sol sec et aride de ces grandes plaines désertes, laissant des sillons de terre comme des plaies à vif face au ciel. Toutefois il y avait une sorte de beauté indéniable dans ce balais de poussière et de sable que les yeux de la petite Perrine absorbaient avec avidité.
Le spectacle que ce vent façonnait était bien plus beau que tout ce qu'avaient jamais fait les artistes de la scène de Mearotz.
Le peu d'éducation que la fillette avait eu lui permettait de comprendre que toutes les bourrasques, petites ou grandes, provenaient du géant Mornach. Si un jour elle avait le bonheur de le croiser elle ne manquerait pas de lui proposer de rentrer dans la troupe, il ferait un chouette troubadour ! Son numéro serait célèbre, tous les vent-pires de la région se bousculeraient, il serait dans le vent c'était certain !
Perrine éclata d'un petit rire aigu à sa propre blague intérieure. Parfois elle regrettait de ne pas avoir une bonne mémoire, elle aimerait bien pouvoir se souvenir de ses Perrineries pour en faire profiter d'autres personnes.

Soudain un bruit de roulement de cailloux résonna dans son dos. Perrine tourna distraitement la tête, se retrouvant nez à nez avec une femme assez vieille dont les traits tombants rappelaient le visage de Karl. Les joues de la dame étaient trempées de larmes auxquelles le sable de l'étendue désertique s'était dépêché de coller, s’immisçant dans les moindres ridules du visage âgé. Ses yeux rouges écarquillés semblaient prêts à sortir de leur orbite.
Et comme son large sourire le montrait elle était heureuse, extrêmement heureuse.

« Un 'sprit ! C'est sûr c'truc c'est un 'sprit ! » marmonnait-elle sans se départir de la grimace joyeuse qui lui déformait le visage.
Elle tendit sa main squelettique au dessus du visage de la fillette, comme si elle voulait lui caresser le front sans pour autant que Perrine ne sente un quelconque contact.
« Ç'ressemble à d'la vapeur et pourtant mes doigts n'sentent rien, ah bah ça ! »
Semblant se souvenir de quelques bonnes manières la dame se recula d'un petit pas, effectua une courbette maladroite puis s'élança d'une voix hésitante :
« B'jour mam'selle, vous pourriez s'il vous plaît faire, vous savez là, le truc qu'on vous demande avec vot' don de... Breffience, prechience ou...
Prescience c'est ça !  Vous voyez ?»
 La vieille dame finit sa phrase sur un sourire encore plus grand que les autres, exhibant presque la totalité de ses chicots.

Alors ça c'était un personnage pas comme les autres. Perrine ne comprenait rien au charabia de la vieille dame mais sa mère lui avait enseigné que c'était normal de ne rien comprendre lorsqu'on parlait à une personne âgée. Elle lui avait également dit que dans ce genre de situation il suffisait seulement d'hocher la tête de temps à autres pour faire plaisir à la personne.
Faire plaisir aux gens était quelque chose que la fillette aimait bien faire à l'occasion, c'était une occupation amusante.
Elle hocha donc la tête, souriant elle aussi de toutes les dents qu'elle pouvait.
Aussitôt le visage de la dame s'illumina « Merci ! Merci milles fois p'tit 'sprit ! »

Et bien voilà, ce n'était pas si compliqué finalement de faire plaisir aux gens.
Perrine s'apprêtait à tourner les talons et à reprendre sa route lorsqu'elle se rendit compte que la femme semblait attendre quelque chose.
Elle la fixait de ses yeux ternes, semblant plus regarder quelque chose derrière elle qu'elle en elle même, comme si elle n'arrivait pas à se focaliser sur Perrine en particulier.
Peut-être regardait-elle la route, elle devait attendre que quelqu'un arrive par là elle aussi. Elle avait peut être besoin de compagnie ?
Ou alors elle était émerveillée par les mouvements du sable balayé par le vent comme Perrine l'avait été quelques minutes plus tôt, c'était une autre hypothèse.
En parlant de volutes de poussières, la fillette leur lança un petit regard. Pendant les quelques minutes qui s'étaient écoulées elle avait presque oublié à quel point ce spectacle était beau !


Quel piège sournois qu'un paysage enchanteur pour la petite fille de Mearotz, lorsqu'elle se lançait dans sa contemplation elle perdait toute notion du temps.
C'est pourquoi au bout de quelques minutes, la voix de la vieille dame retentit un nouvelle fois.
Durant l'attente pendant laquelle Perrine s'était une nouvelle fois laissée absorber par la vue, le visage de la femme âgée avait eu le temps de passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel pour finalement finir sur une petite note rougeâtre que le sable du désert collé à sa peau avait du mal à adoucir.
« Dis donc mam'zelle z'êtes bien gentille mais contrair'ment à d'autres j'ai pas l'éternité d'vant moi, vot' prescience elle vient à Pâque ou à la Trinité ? »

Encore une fois Perrine ne comprenait rien, ni ce mot prescience qui revenait, ni cette expression sans queue ni tête.
Elle avait l'air bien embêtée la madame, mais c'était pas bien grave, la fillette avait compris le mécanisme et hocha une nouvelle fois gaiement de la tête.
Sauf que cette fois ci, le résultat ne fut pas du tout le même.
La vieille dame vira totalement au rouge cramoisi et commença à faire tournoyer son bras droit tenant une vieille branche au dessus de sa tête en beuglant, utilisant le reste d'air dans ses poumons :

« Hé dites faudrait pas m'prendre pour un jambon ! J'suis pas encore sénile, j'sais encore voir quand un écran d'fumée qui s'dit 'sprit me prend pour une ânesse ! 
'Sprit ou pas j'm'en vais vous apprendre les bonnes manières moi !»


Sur ce, la vielle dame s'élança, d'un pas lourd et incertain, sa canne de fortune tournoyant encore dans les airs.

Ça y est, Perrine avait compris ! La femme voulait jouer au loup ! Mais elle était tombée sur une adversaire de taille, la fillette ne se laisserait pas attraper si facilement.


La petite de Mearotz se mit à courir elle aussi, riant aux éclats, une mamie furibonde aux trousses.
Revenir en haut Aller en bas
Lun 20 Juin - 20:37
Du vent... Du sable... Des plateaux rocheux... Voilà ce à quoi faisait actuellement face l'aventurière venue d'Aquaris. Comment était-elle arrivée ici, déjà ? Elle ne savait pas trop. A force de marcher, ses jambes avaient fini par l'emmener quelque part. Mais où exactement ? Epon n'avait pas l'air d'en savoir plus que ça. C'était la première de sa vie qu'elle mettait les pieds dans ces grandes plaines. A en juger par les bourrasques qui soufflaient en continu par ici, la jeune fille supposa qu'elle se trouvait quelque part dans le clan de l'air. En tout cas, ce serait logique : ce lieu était trop sec pour appartenir au clan de l'eau ou au clan de la terre, et il y faisait étonnamment frais à cause du vent quasi-permanent qui y régnait. Donc, cela ne pouvait pas se situer dans le clan du feu non plus.

Epon se mit à réfléchir : Qu'y avait-il d'intéressant à explorer dans le clan de l'air? Elle avait entendu parler d'îles volantes dans le ciel, sur lesquelles était construite une magnifique cité. Légende ou réalité? La guerrière voulut y croire, mais en observant l'horizon, rien ne laissait supposer l'existence de ces soi-disant îles. Soit! Peut-être qu'en s'aventurant un peu plus sur ces plaines venteuses qui s'étendaient sous ses yeux, elle allait enfin les apercevoir. En attendant, Epon se sentait un peu perdue dans l'immensité de ce lieu. Devait-elle aller au nord ? A l'ouest ? Au sud? Sachant qu'elle était arrivée dans ces landes par l'est ? Beaucoup de possibilités s'offraient à elle, mais une seule d'entre-elles la mènerait vers la destination qu'elle désirait. Restait à savoir laquelle.

Celle qui se faisait surnommer le phénix bleu observa autour d'elle, mais ne vit personne. Elle ne pouvait donc pas demander de l'aide pour trouver le chemin à suivre, et devait se débrouiller seule.

« Je n'ai plus qu'à me fier à mon instinct, dans ce cas. » se dit-elle, alors qu'elle prit quelques secondes pour choisir la direction à emprunter. Son choix se porta finalement vers le nord, et elle se mit à marcher, en espérant croiser une personne sur la route capable de l'orienter correctement vers là où elle désirait se rendre, c'est à dire les îles volantes... si ces dernières existaient réellement.

Marcher à travers ces vastes plaines était un exercice éprouvant pour l'aventurière. Plus elle avançait, plus elle avait l'impression que le souffle des vents était puissant. Si on ajoutait à cela les grains de poussière et de sables qui lui fouettaient le visage, Epon avait vraiment de quoi se plaindre.

« Atchiii! »

Mince! La fraîcheur du vent combinée à la poussière ne faisait pas du tout de bien à la jeune fille, qui s'était mise tout à coup à éternuer. D'ordinaire, elle n'était pas censée être allergique à la poussière, mais ici, il y en avait beaucoup trop qui lui chatouillaient les narines. Epon fut forcée de porter son bras juste devant son visage, pour empêcher quelconque allergène de lui piquer à nouveau le nez. Cette fois, la fille aux cheveux bleus en était sûr : ces plaines n'était pas son endroit favoris d'Endora, même si le paysage était beau à voir.

Mais alors qu'elle continuait son avancée à travers cette contrée, Epon vit au loin une petite silhouette courir, ou plutôt trottiner en agitant ce qui ressemblait à une canne. Cela ressemblait à une vielle dame. La jeune guerrière n'en était pas sûre sur le coup, mais en se rapprochant de quelques pas, elle se rendit compte qu'elle avait vu juste. D'ailleurs, se rapprocher ainsi de cette personne âgée, qui agissait assez étrangement, permit à Epon de distinguer une seconde silhouette, encore plus petite, que ladite dame semblait pourchasser. Mais une chose était étrange avec cette mystérieuse personne : elle ressemblait plus à un nuage de brume qu'à une personne vivante. Toutefois, elle avait la forme d'une petite fille, qui d'ailleurs, semblait s'amuser à être poursuivie de la sorte par la vieille.

« Euh... C'est quoi ce délire? »

Ce fut la première réplique venue à l'esprit de la jeune fille aux cheveux bleus, face à un pareil spectacle. Les yeux écarquillés d'étonnement, elle regardait cette vieille dame pourchasser ce qui ressemblait finalement à... un esprit ? Epon avait déjà entendu parlé de ces entités, mais elle n'en avait jamais vu auparavant, jusqu'à aujourd'hui. Par contre, face à ces deux inconnues, elle ne put s'empêcher de se poser les questions suivantes : pourquoi est-ce que la femme âgée voulait frapper cet enfant spirituel avec sa canne? Et pourquoi la petite fille rigolait ainsi ? Elles jouaient au chat et à la souris, ou quoi ? Si c'était le cas, drôle de façon d'y jouer!

L'aventurière ne savait pas trop si elle devait interrompre leur course poursuite pour leur demander des renseignements, ou si elle devait passer son chemin, en espérant rencontrer d'autres personnes plus censées un peu plus loin sur sa route.

« On n'est jamais trop prudent... Peut-être que ces deux-là peuvent m'aider, après tout. » pensa-t-elle, alors qu'elle se rapprochait petit à petit de la ''grand-mère'' et de l'esprit.
Revenir en haut Aller en bas
Dim 26 Juin - 13:22
Une rivière dans ses cheveux


Pour une mamie, celle la avait une certaine endurance ! Bien sûr si Perrine ne s'était pas retenue un minimum, elle l'aurait distancée en un rien de temps, mais ç'aurait été tellement moins drôle.
Après tout elle allait peut être se laisser attraper pour lui faire plaisir, la pauvre semblait tout de même souffrir un peu en courant. La fillette pouvait l'entendre souffler et gronder dans son dos, elle n'avait même pas besoin de se retourner pour voir où elle se trouvait.

Puis après tout non, se laissait attraper se serait nuire à sa réputation de gagnante invaincue au Loup, elle s'était tellement battue pour en arriver jusque là que ce serait dommage de tout perdre sur un coup de tête.
Perrine commença donc à accélérer légèrement, c'est à ce moment là qu'elle aperçut la silhouette solitaire sur le chemin en face d'elle.

Encore un drôle de personnage ! Que de belles rencontres en un laps de temps si court. La silhouette s'avançant était une dame vêtue de vêtements blancs et verts avec quelques touches de rouges. Mais ce qui reteint toute l'attention de la fillette était sa chevelure bleue éclatante. Elle n'en avait jamais vu de pareille.
S'élançant comme un boulet de canon, Perrine courut à grands pas guillerets vers cette ombre colorée, le bruit du souffle lourd de la vieille dame s'éloignant dans son dos.

En une vingtaine de secondes la petite fille était près de l'étrangère. Son attention toujours portée sur ses cheveux, elle fit le tour de la dame et se plaça dans son dos, regardant avec admiration les petits filaments couleur de ciel nattés avec précaution.
Fascinée, Perrine tendit sa petite main vers la source de son émerveillement.
Ses doigts passèrent à travers sans rencontrer aucune résistance.
La petite fille fit un bond en arrière, regardant à tour de rôle ses doigts et les cheveux de l'inconnue. Quelle sensation bizarre ! Il n'y avait qu'une seule explication qui apparaissait comme une évidence dans l'esprit de Perrine.
Cette dame possédait une chevelure d'eau, belle et insaisissable. Était-ce une magicienne ? Ou peut-être une fée ?

Alors que la fillette se posait encore des questions, la mamie se rapprochait, plus furieuse que jamais.
Heureusement que Perrine s'était placée derrière l'étrangère, elle ne risquait pas de devenir le loup ainsi. Si la grand-mère essayait de l'atteindre elle tournerait simplement autour de la dame aux cheveux d'eau.
Cela risquait bien d'être comique !

HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
Dim 26 Juin - 17:33
Lorsqu'elle vit cet esprit foncer droit vers elle, Epon eut un léger mouvement de recul. Pas parce qu'elle avait peur, mais parce qu'elle ne s'y attendait pas. Le moins qu'on pouvait dire, c'était que cette enfant fantôme était vive et réactive! Mais l'aventurière se sentit un peu embarrassée, lorsqu'elle remarqua que cette petite fille tournait autour d'elle, tout en l'examinant de près. Elle avait l'air tout particulièrement attirée par les cheveux d'Epon. D'ailleurs, l'esprit avait passé sa petite main dans sa chevelure bleue, mais avait reculé aussitôt tout qu'elle avait touché cette dernière, d'un air surpris.

La guerrière venue d'Aquaris ne comprenait pas trop cette réaction de la part de la petite fille sur le coup. Néanmoins, Epon trouva que cette petite bouille étonnée lui donnait une certaine innocence, qui la rendait plutôt attendrissante. Elle laissa échapper un léger rire, avant de sourire à la petite.

« C'est la première fois que tu vois une personne avec des cheveux comme les miens, pas vrai ? »

Mais tout à coup, elle vit cette enfant se cacher juste derrière elle. L'aventurière remarqua alors la grand-mère qui poursuivait la petite marchait en sa direction. Elle avait l'air furieuse, et continuait toujours à agiter sa canne dans tous les sens. Continuait-elle toujours a vouloir ''chasser'' l'esprit ? Ou allait-elle passer sa colère sur Epon ? Dans les deux cas, celle qui se faisait appeler le phénix bleu devant calmer leur jeu. Elle n'était pas venu jusqu'à ces deux personnes pour chercher des embrouilles, après tout. Elle voulait seulement leur demander quelque chose :

« Euh... Excusez-moi d'interrompre votre jeu, mais... Est-ce que vous pourriez m'aider, s'il vous plaît ? Je découvre tout juste les terres du clan de l'air, et j'ai entendu parlé d'îles volantes se trouvant dans les environs. Est-ce que vous savez où se trouvent ces îles, s'il vous plaît ? »

Elle avait posé sa question en affichant un sourire un tantinet forcé. On dit que sourire aux gens aidait en général, mais apparemment, sur cette mamie, cela n'avait pas l'air de fonctionner. Elle semblait plutôt observer Epon d'un air agacé. La bleue se sentit de plus en plus gêné, alors que son regard s'était tourné vers l'esprit cachée derrière elle.

« Écoutez. Je ne cherche pas d'histoire, d'accord ? tenta de leur faire comprendre Epon. Je veux seulement éviter de me perdre, par ici. »

La jeune fille appréhendait la suite des événements. Comment l'enfant, et la vieille dame allaient-elles réagir face à sa demande ?


HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1
Sauter vers :

Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Monde d'Endora :: Clan de l'Air :: GRANDES PLAINES-