Trompé de cible ! [Achéron]

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Sam 5 Sep - 12:26
Septembre. L'été touchait à sa fin, fini les beaux jours ensoleillés qui dorait la peau et verdissait l'herbe. Bientôt il faudrait revêtir les manteaux de peaux, de laine et de fourrures, réparer les quelques trous dans le toit de la maison, et renforcer les cloisons de la bergerie. L'hiver, de nombreuses bêtes périssaient ou tombaient malades, les agneaux tout comme les vieux moutons étaient les plus touchés par la rudesse du froid. Pomme partait justement dans la forêt aujourd'hui, afin de dénicher quelques plantes médicinales. C'était la bonne période pour les récolter, elles avaient encore leur forme estivale, et n'étaient pas encore fanées ou englouties par la neige.

Une besace brune à son épaule, la jeune faune quittait le village. Elle traversa les Terres Cultivées, saluant les paysans qu'elle connaissait bien, passa le pont de bois au-dessus de la rivière, arriva à la capitale deux heures environ après son départ.
Il n'était pas encore midi, elle aurait le temps d'arriver à la Grande Forêt pour manger là-bas. Elle pressa le pas. En effet elle arriva à la lisière du bois lorsque l'astre du jour était à son zénith.

Elle pénétra dans l'immense forêt, slalomant entre les arbres qui devenait de plus en plus épais au fur et à mesure qu'elle avançait. Une demi-heure plus tard, elle devait enjamber les racines indomptées qui déchiraient le sol en formant d'étranges arabesques. Les buissons étaient bien plus gros et plus envahissants ici, mais c'était aussi là que vivaient les plus mystérieuses créatures et les plus belles plantes. On disait aussi que les bois étaient parcouru par une certaine Rivière d'Or. Pomme n'y était encore jamais allé, mais elle avait entendu dire que sur ses bords poussaient les plus merveilleuses des herbes et qu'elle était le point d'eau favoris des Licornes du Clan de la Terre. Peut-être aurait-elle la chance d'en voir une ?

Elle entendait déjà des bruits de pas autour d'elle, à une certaine distance. Elle traversait le territoire d'un troupeau de cervidés. Ses pas se confondaient avec ceux des bêtes, ses sabots, sa démarche bancale. Seulement Pomme ne passait pas tellement inaperçu avec son pelage blanc qui recouvrait le bas de son corps. Elle ramassait, par-ci par-là, des baies, des noisettes, des herbes et des fleurs, en  prenant soin de conserver les racines. La cueillette était quelque chose qu'elle appréciait fort. Cela l'apaisait, lui insufflait un courant de sérénité. Elle en avait besoin, elle qui passait son temps à galoper, à surveiller son troupeau, à rendre des services. Se promener dans la forêt la coupait de sa "vraie vie" en quelque sorte.

Le clapotis de l'eau commençait à se faire entendre non loin de là. Pomme ralenti le pas, elle ne voulait pas effrayer quelconque animal qui se ressourçait paisiblement. La faune écarta les derniers buissons qui la séparait du court d'eau. Une mince rivière serpentait à travers la flore. L'eau était limpide, elle dévalait son chemin à une vitesse exaltée. Les pierres qui formait son berceau était comme dorées, de plus avec la lumière du soleil qui jouait avec les feuillages, l'eau avait une teinte orangée et semblait crépiter de reflets d'or.

Devant ce doux spectacle, Pomme se mit à ramasser les végétaux sur la rive, c'est vrai qu'ils étaient beaux, ils avaient à coup sûr des propriétés magiques. Soudain, le ventre de la jeune créature se mit à gargouiller. Elle alla se nicher entre les épaisses racines d'un arbre recouvert de mousse verte. Elle regarda autour d'elle et tira du sol quelques minuscules racines. Elle les portait à sa bouche et croqua. C'était un met sans réel goût, mais la consistance était appréciable et il ne fallait pas nier les qualités revigorantes de ces petits extraits de bois sombres.

La faune mangeait tranquillement lorsqu'elle perçut au-dessus d'elle de l'agitation dans les branches.  Mais le temps qu'elle réagisse, déjà un poids venait de lui tomber dessus. Elle était à présent sur le ventre, face contre terre. Elle ne voyait pas ce qu'il se passait dans son dos, elle n'avait vue que sur le sol et avait de la terre dans la bouche. Passée la surprise, Pomme tenta de se débattre vigoureusement, les mains s'enfonçant dans le sol, le poussant de toutes ses forces pour se relever, ses sabots battant dans le vide, cherchant une cible en vain. Elle était apparemment plus grande que la chose sur son dos car elle réussissait par moment à le déstabiliser, mais cela ne suffit pas et Pomme resta clouée au sol, impuissante. Elle était désormais à la merci du prédateur, elle couvrit sa tête à l'aide de ses bras, craignant le pire.
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Lun 7 Sep - 13:07
L'automne, ah ! l'automne. Il pointait son nez, celui-là. Achéron avait toujours bien aimé cette saison, non pas pour la beauté enflammée de la flore, mais plutôt pour le défi supplémentaire que représentait le fait de chasser dans un environnement plus traitre, plus ... croustillant ? C'était d'ailleurs la réflexion que se faisait l'elfe en déchiquetant une feuille rousse et craquante du bout de ses griffes, ses pieds nus foulant le tapis d'humus des végétaux en décomposition de la forêt.

Bien que l'hiver approchant eut des raisons de le rendre un brin maussade, Achéron était particulièrement excité. Mais quelle bonne idée lui avait-on soufflée ! Découvrir le monde. Il n'y avait pas vraiment pensé tout seul, la forêt lui avait suffi jusque là. Et puis, on lui avait toujours bourré le crâne avec "le village, les Capriciens, la famille, la chasse". Bon, en réalité, ce qui avait retenu le plus son attention était la chasse. Mais chaque année, c'était toujours la même chose ... Toujours les mêmes bestioles à chasser, toujours les mêmes saisons, toujours les mêmes points stratégiques de "ravitaillement" pour les plantes que le Peuple consommait en complément de la viande fraiche ou séchée. Il fallait rajouter à cela la semi-léthargie qui s'emparait de tout le monde l'hiver et la vie devenait alors vraiment maussade. Il avait ainsi, à l'instigation du chef même du clan, empaqueté ses affaires pour aller voir du pays. Il n'en était pas du tout malheureux, pour sa part. Un adolescent au sang aussi bouillonnant d'énergie avait besoin de se dépenser de voir du monde avant de se calmer, parait-il. Mais l'elfe n'était guidé que par sa soif d'amusement et de découverte, alors il doutait d'avoir à revenir un jour au village. En tout cas, son esprit de gosse ne l'envisageait pas pour le moment.

Toujours est-il qu'on se retrouvait avec un sauvageon qui se dirigeait d'un pas résolu vers l'orée de la forêt, l'œil clair, les oreilles alertes et mobiles, habillé avec les nippes de son clan ainsi qu'une grosse cape en fourrure. Cette dernière n'était d'ailleurs pas superflue, vu la vitesse à laquelle se dégradait le temps. Et puis c'était quoi, ce ... truc qui lui balayait la figure ? Du vent, c'est ça ? Un petit quelque chose qu'on ressentait assez peu, au fin-fond de la forêt, terrés sous les arbres millénaires. Mû par un réflexe animal, il huma l'air et lui trouva quelque chose de changé. Approchait-il de l'orée de la forêt ? On ne lui avait donc pas menti, une telle chose existait ? Cela faisait bien deux semaines qu'il cheminait sans se retourner. Un large sourire, assez peu esthétique au demeurant, étira les lèvres du Capricien en découvrant sa puissante dentition de prédateur. L'amusement commençait enfin.
Son pas s'accéléra sous l'excitation, et ses oreilles se mirent presque au garde-à-vous tant il avait hâte de voir à quoi le "dehors" ressemblait. Mais comme si une nouvelle n'arrivait jamais seule, ses sens captèrent subitement la présence d'un troupeau - probablement de cerfs, vu le martèlement continu de sabots qui ébranlait le calme séculaire du bois. Comme pour faire écho à ses pensées, son ventre se mit à gargouiller. Ah, celui-là ... il l'avait un peu trop négligé, ces derniers temps. Il n'avait croisé que trop peu de bêtes et la chasse comportait parfois des déceptions, ce qui faisait que l'elfe avait l'estomac un peu creux depuis quelques jours.

"Aaaaah", sourit Achéron d'un air féroce. "Pile ce qui m'fallait pour fêter ça."

Et ni une ni deux, il partit à l'assaut d'un tronc. Ses griffes et ses pieds nus lui permirent de se hisser promptement à l'assaut des branches maîtresses qui lui offraient une vue imprenable sur ce qui se passait en dessous. Et, accessoirement, il put localiser ledit troupeau. Avec excitation, il resserra la besace dans son dos et prit son allure de croisière en évoluant de branche en branche avec l'aisance d'un singe. Le troupeau était là, il le voyait ; la déception fut cependant au rendez-vous, car il ne détecta aucune bête affaiblie ou en marge de la harde. C'était bien sa veine, songea-t-il en se mâchouillant la lèvre inférieure. Achéron avait beau être un peu rustre et simple d'esprit sur les bords, il n'en était malgré tout pas complètement idiot : il savait qu'il ne pourrait pas arracher à lui seul une bête à son troupeau furieux. Il se ferait tuer. Et pourtant, quel coup de maître ce serait ... Mais l'heure était à la survie. Bien qu'Achéron ne craignît pas plus que cela la mort (c'est le lot de tous, après tout), il n'envisageait pas encore de manger les pissenlits par la racine. Il y avait trop à faire. Trop à découvrir. Et sur ces réflexions, il revint à lui à temps pour percevoir le pas étrange et clopin-clopant d'une créature. Les yeux du sauvageon brillèrent d'une lueur qui ne pouvait que trop trahir son contentement car ça ne pouvait signifier qu'une chose : une bête pas forcément bien en point venait de s'écarter de ses congénères. Ce n'était certes pas glorieux, mais il ne pouvait pas se permettre de cracher sur cette occasion.  Il s'élança alors à la suite du bruit. Mais quelle ne fut pas sa surprise de voir que ce qu'il poursuivait possédait certes des sabots et des cornes, mais que son pelage était blanc comme neige ? Et sa démarche était des plus bizarres. Plissant les yeux, Achéron se pencha sur une branche avec un air perplexe.

"Cpas un cerf, ça..." marmonna-t-il pour lui-même, ses gros sourcils froncés.

Mais c'était bien une bestiole, non ? Il n'arrivait pas à être fixé. Il décida alors de s'approcher un peu plus, histoire d'être certain. La créature s'était arrêtée là, entre deux racines de l'arbre d'où il l'observait. Y aller ? Ne pas y aller ? Finalement, le côté prédateur d'Achéron l'emporta et il dégringola quelques branches avant de se laisser choir sur cette étrange bestiole. Il la plaqua au sol avec dextérité, bien qu'elle fut plus grande et plus vigoureuse que lui. Elle lui donnait quand même pas mal de fil à retordre, mais pas comme il s'y attendait, ce qui le déstabilisait un peu. Mais finalement, il réussit à la maintenir face contre terre, et il approcha sa main avec la ferme intention de l'achever à l'aide de ses griffes lorsqu'un doute l'arrêta.
Des bras. La bestiole avait des bras comme lui. Et elle gémissait sa peur de manière un peu trop humaine. Surpris, ses oreilles se rabattirent en arrière avec un tintement discret dû aux lourds anneaux qui y pendaient. Il se pencha sur elle, cherchant à savoir si sous cette tête cornue se cachait un visage ou bien un mufle. Fermement, il la força à se retourner vers lui, toujours solidement campé au-dessus d'elle.

Le visage de l'elfe afficha une incrédulité totale.

La bestiole avait une figure, elle aussi.

Confus, il la détailla. Entre sa frimousse, ses cornes, ses bras et mains, son pelage de neige et ses sabots, tout criait la contradiction dans son esprit. Il ne comprenait décidément plus rien. Ainsi, dans un bond qui aurait pu évoquer une bête sauvage effarouchée, il s'écarta d'elle et prit ses distances, se campant solidement sur ses jambes en position accroupie, la dévisageant avec méfiance. Dans un grondement perplexe, il articula en la désignant d'un doigt presque accusateur :

"T'es quoi, toi, bordel ?!"

Quiconque ayant connu Achéron avant ce moment aurait probablement ri de l'incrédulité qui se peignait sur son visage si expressif. Mais bon, quand on n'était pas familier des Capriciens, on redoutait avant tout l'air féroce qu'ils arboraient en quasiment toutes circonstances, j'imagine.
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Sam 12 Sep - 12:00
Le souffle court, la tête frottant contre le sol meuble, les sens affolés, la Faune poussait des cris comme elle le pouvait. Des gémissements désespérés, l'écho étouffé par le sol trop proche d'elle, savant que personne n'entendrait ses appels au secours. Elle se débattait avec tellement de vivacité qu'elle sentait la poussière voleter autour d'elle et de son prédateur. Elle avait le nez écrasé, des égratignures qui commençaient à rougir ses mains et ses genoux blancs. Le souffle de la créature devint plus fort, elle pouvait le sentir dans son cou, il allait bientôt l'achever. Elle en fut convaincu lorsqu'elle perçut une patte griffue s'approcher de son visage.

Cela allait-il se finir ainsi ? C'était donc là, au beau milieu de la forêt, loin de son clan, de son village, que Pomme Talys allait mourir seule, et personne n'en saurait jamais rien. C'était une triste fin, survenue brutalement, elle ne s'y était pas préparée. La peur de se qui l'attendait, sa mort imminente, envahit soudain la jeune Faune qui commençait à réaliser qu'elle ne ressortirait jamais de la forêt. La tension battait contre ses tempes, les larmes lui montaient. Serrant les dents, ses bras minces au-dessus de sa tête, elle implorait secrètement ses dieux pour qu'ils l'épargnent par miracle.

Elle sentit la tête de a créature s'approcher de son visage. Sa respiration était si proche, elle pouvait presque entendre le cœur du prédateur battre. Soudain, la chose empoigna la Faune fermement, puis la retourna comme si elle n'était qu'une proie inconsciente. Sur le dos, elle porta les mains devant elle, protégeant son ventre et son visage. Elle tremblait de peur, son ventre se soulevait et s'abaissa frénétiquement, les entrailles nouées. Sa peau blanche était maculée de terre noire et de marques rougies. L'effroi et l'angoisse coulaient le long de ses joues, sa respiration était rapide, comme un lapin terrorisé.

Pomme découvrit alors son prédateur, son visage en tout cas. A son grand dépourvu, il ne s'agissait pas d'une bête monstrueuse. Elle s'attendait tellement à trouver un animal velu aux griffes acérées et aux crocs pointus. Mais non, elle trouva en face d'elle une personne. Bien que celle-ci avait quelque chose d'étrange, de sauvage. Une sorte de face entre l'animal et l'Homme, au teint hâlé ou sale, elle n'en était pas sûre. Deux oreilles tatouées et porteuses de gros anneaux gris étaient rejetées en arrière. D'épaisses mèches noires à la texture suspecte tombaient devant de grands yeux jaunes et perçants qui la fixaient avec dextérité. Ses fines pupilles se dilatèrent à la vue de sa proie. Il semblait surpris. Dans un mouvement brusque, il se dégagea de sa proie et fit quelques bonds en arrière. Il n'était pas très grand, il ressemblait plus à une créature des cavernes qui n'avait jamais vu la lumière. Il se tenait accroupi, enveloppé dans un grand assemblage de tissus rouge et bleu terni. A cet instant on aurait vraiment dit un animal. Il la toisait les sourcils froncés, il devait être aussi étonné que sa proie.

L'image d'animal s'estompa un peu lorsqu'il se mit à parler, il lui lança dans ce qui pouvait ressembler à un grognement :


"T'es quoi, toi, bordel ?!"

Pomme resta là, bouche bée, les yeux écarquillés, pendant quelques secondes. Puis, toujours tremblante, elle parvint à se redresser sur ses coudes, et finit par se mettre complétement debout. Elle était bien plus grande que lui, sur la réserve, elle regardait le sauvageon de haut en bas. Qui était-il, et qu'est ce qu'il faisait là ? Il avait l'air d'un jeune garçon, un adolescent livré à lui-même dans cette immense nature sauvage et dangereuse. S'il lui avait sauté dessus, c'est qu'il voulait joué sûrement, ou qu'il avait faim.

Doucement, la jeune fille s'accroupit à son tour.


"Je m'appelle Pomme."

Tout en plongeant la main dans le sac à son épaule, elle expliquait :

"Je suis une Faune. Je viens des Terres Cultivées."

Elle sortit une poignée de baies violettes. Elle en porta une à sa bouche et tendit le reste au gamin. Un hochement de tête l'incita à venir les chercher.

"Tiens, manges !" dit-elle d'une voix douce.
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Mer 16 Sep - 23:59
Achéron considéra la best... la pers.... le mach... bref, ce qui lui faisait face avec un étonnement croissant. Et, il fallait l'ajouter, de la méfiance. Ses yeux cernés se plissèrent tandis qu'elle (et il en était certain, pour le coup, c'était bien une femelle) se redressait en le considérant d'un air pas si effrayé. L'elfe en venait presque à se dire qu'il aurait peut être du l'achever : elle était beaucoup plus grande que lui, juchée sur ses sabots, et ses cornes étaient un brin inquiétantes mine de rien. Pour faire bonne mesure, Achéron la fixa de ses grands yeux jaunes en découvrant un peu les crocs, hésitant à pousser le vice jusqu'à grogner pour lui faire peur.

Alors quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle s'accroupit devant lui, s'approchant d'elle-même ! Le Capricien recula d'un bond, les oreilles plaquées en arrière, poussant clairement un grondement intimidant qui trahissait malgré tout sa perplexité.

"Je m'appelle Pomme." avait-elle dit d'une voix douce.

Achéron avait reniflé devant cette simple phrase, le tout sans quitter son air peu avenant. C'était dit gentiment, hein, pas de souci. L'espèce de sauvageon qu'il était savait encore reconnaitre ça. En réalité, il n'y voyait rien de plus offensant que le fait qu'elle avait l'air de le prendre pour une espèce de petite bestiole effarouchée, comme les femelles de son clan pouvaient le faire. Oui, ça, ça le mettait un peu beaucoup en boule. En plus de se dire qu'il ne mangerait certainement pas un cuissot de viande ce soir. Ça aussi, ça le contrariait vraiment beaucoup. D'ailleurs, au même moment, son estomac protesta et il se donna un coup de poing rageur dans le ventre. La fille d'en face, peu importe ce qu'elle était et qui elle était n'avait pas besoin de s'apitoyer encore plus sur lui. Il était un grand chasseur, merde !
Et voilà qu'elle plongeait la main dans son sac tout en lui parlant de faunesmachintruc et aussi de terres cultivées, termes qui lui étaient assez étrangers. Néanmoins, ça devait avoir un rapport avec l'extérieur, alors ses oreilles se redressèrent légèrement vers elle, le tout dans un léger tintement. Elle ne semblait pas en avoir fini, car elle s'était mise à fouiller dans son sac pour en sortir des baies qui ne ressemblaient à rien de ce que l'adolescent avait pu connaitre jusque là. Il fronça les sourcils d'autant plus qu'elle les tendait vers lui en l'incitant à en manger. Méfiant comme jamais, s'avança d'un bond fauve et s'en empara, puis s'assura qu'elle les mangeait avant lui. On n'était jamais trop prudents.
Puis, bestialement, il renifla la maigre pitance qu'elle lui avait donnée. Il éprouvait un brin de colère (émotion qu'il éprouve généralement dans un moment de confusion, à défaut de se poser des questions) car il ne lui était que peu souvent arrivé de se voir nourrir comme ça. En fait, cela faisait déjà bien longtemps que sa mère avait arrêté de veiller sur ce qu'il faisait, alors ce regain d'attention presque maternelle de la part d'une étrangère le mettait assez mal à l'aise.
Bon, visiblement ça ne sentait pas mauvais et puisqu'elle en avait déjà englouti plein, ça ne devrait pas lui faire de mal. Il en goba donc quelques unes après les avoir tâtées du bout des crocs puis, rapidement, sa faim l'emporta et il les enfourna toutes. Ça ne valait pas un bon morceau de viande, mais il faudrait s'en contenter, visiblement. En plus, ça avait un goût pas si désagréable. Bizarre, mais pas mauvais.
Finalement, il leva les yeux vers Pomme et la détailla une nouvelle fois du regard. Bon, il éprouvait toujours cette sensation d'énervement devant ses airs tout doux et gentils, mais c'était probablement pas sa faute. Elle venait de l'extérieur, après tout. Elle avait d'ailleurs eu de la chance qu'il s'assure de ce qu'elle était avant de la mettre à mort (trop de condescendance de la part d'un sauvage, m'voyez).

"Les Terres Cultivées, là, c'est hors de la Forêt ?" marmonna-t-il enfin, contraint et forcé par sa curiosité. Puis, dans un moment de civilité rare, il se racla la gorge en la fixant droit dans les yeux et ajouta d'une manière à peine plus intelligible : "J'm'appelle Achéron."


Histoire qu'elle arrête de le regarder avec son air de "ooooh, un petit garçon perdu dans la forêt", il se redressa souplement. Bon, il restait un peu courbé, les jambes torses et l'air peu aimable, mais au moins il avait l'air un peu plus ... humain ? En tout cas, fort de ce geste, il ajouta :

"T'es qui ? Qu'est-ce que tu fous dans la forêt ? Y'a plein de bestioles, tsais, t'as eu du bol que j'regarde ce que je mets dans mon assiette. Y'a d'autres machins qui auraient pas fait la différence avec les cerfs de d'taleur."
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Ven 9 Oct - 18:58
Quand Pomme s'avança, le garçon fit quelques pas en arrière, découvrant ses dents et grognant comme pour signifier son manque de sécurité. Mais la jeune fille n'imaginait pas qu'il puisse lui sauté dessus à nouveau. Il n'était qu'un enfant perdu après tout.
Il la dévisageait avec méfiance. Soudain, sans aucune raison apparente, Pomme vit son interlocuteur se donner un violent coup de poing dans le ventre. Vue son visage se crisper, cela ne devait pas être très agréable. La jeune fille ne put empêcher un hoquet de sursaut, portant les mains devant sa bouche, le regard effaré. Pourquoi faisait-il cela ? C'était vraiment étrange comme comportement, mais cela convainquait un peu plus la Faune dans son idée d'un gamin livré à lui-même.

La Faune avait décidément du mal à discerner si il s'agissait d'un garçon ou d'une bête qui se tenait en face d'elle. A quelques mètres,  perché sur une racine imposante, il se tenait recroquevillé, l'air menaçant et incrédule à la fois. Quand Pomme lui tendit les baies mauves, la créature attendit qu'elle en eut mangé une avant de descendre de sa branche. Il s'avança furtivement, avec une démarche assez pataude. Il attrapa les fruits dans un geste éclair et aussitôt revint à sa place, conservant une bonne distance entre lui et la jeune fille, celle-ci ne prétendit pas s'en plaindre d'ailleurs. Le garçon était sale, ses pieds étaient presque noirs, avec des ongles semblables à des griffes, il agrippait la racine comme un singe, ses pieds semblables à des mains. Ses vêtements n'étaient que des lambeaux de tissus assemblés afin d'avoir une teinte à peu près bleue surmontée d'un col à peu près rouge. Ses narines doublèrent de volume dans un bruitage ingrat, il s'aventura à croquer une baie, puis après un court temps de réflexion -d'après ses sourcils froncés et son air absent-, avala d'un coup toute la poignée de fruits des bois.

Pomme le regarda avec étonnement, il agissait vraiment comme un animal. N'avait-il pas eut de parents pour lui apprendre à bien se tenir ? Peut-être était-ce un orphelin, abandonné dans la forêt. Quel pauvre petit ! La Faune ne pouvait réprimer une mine compatissante envers le garçon. Comment avait-il fait pour survivre aussi longtemps dans la Grande Forêt ? Les Endoriens ne naissaient pas tous avec les mêmes chances dans la vie. Pomme se dit alors qu'elle n'avait pas croisé la route de cette créature pour rien. Peut-être que le gardien du Clan de la Terre avait fait se rencontrer leurs chemins pour qu'ils s'apportent aide mutuellement.

Après que les baies soient descendues à l'estomac, le garçon leva ses yeux jaunes de prédateur en direction de ce qui, quelques minutes plus tôt, était sa proie. Il émit un grognement qui ressemblait à des mots. Il parlait des Terres Cultivées qu’apparemment il n'avait jamais entendu parler. Puis, il se racla bruyamment la gorge et s'efforça d'être audible pour se présenter. Avec douceur, l'hybride à cornes hocha la tête et esquissa un sourire encourageant :


"Oui c'est ça. C'est à environ deux ou trois heures au Nord de la Grande Forêt. Achéron, tu n'y ai jamais allé ?"

Déjà, il avait un nom, la discussion serait peut-être plus simple ainsi. En revanche, aucun nom de famille qui pouvait la renseigner un peu plus. Ce n'était pas la première fois que Pomme se rendait dans la Grande Forêt, c'était un lieu qu'elle appréciait, elle était en grande partie inoffensive et reposante. La faune et la flore avait un effet bienfaisant et particulièrement régénérant pour la Faune ayant un peu de sang épilémide, nymphes de la terre.

D'un coup, Achéron se mit à gigoter sur sa branche, quelques secondes plus tard, Pomme comprit qu'il tentait de se redresser sur ses pattes... pieds... se mettre debout.
Et même là, il lui semblait difficile de tenir sa position, il ne devait pas se porter de façon civilisée bien souvent. Les sourcils toujours froncés et les babines se tordant sur ses crocs, demanda sans politesse aucune quel bon vent l'amenait dans cet endroit. Puis il grommela qu'elle avait eut de la chance de tomber sur sa personne car beaucoup l'auraient confondue avec les cerfs de tout à l'heure...


"Tu me suis depuis tout ce temps ?!" s'étrangla la jeune fille aux cornes.

Elle se rendit compte alors que le garçon n'était plus si loin d'elle que tout à l'heure. La légère cuirasse qu'elle revêtait ne lui couvrant pas le ventre, on pouvait voir la respiration de la jeune Faune q'accélérer quelque peu. Elle sentait les muscles de ses pattes de chèvre se tendrent, prêts à démarrer au quart de tour. Tandis que tout son corps était poussé par son instinct animal de survie, la raison et sûrement la compassion, sa plus grande faiblesse, elle demeurait immobile, et regardait Achéron avec bienveillance. Elle s'éclaircit la gorge et répondit gentiment et en termes simples pour se faire comprendre :


"J'étais à la recherche de plantes qui soignent. Tu veux dire que je suis chanceuse de m'être fait attaquée par un enfant sauvage ? Eh bien, si cela peux te faire plaisir, je ne t'ai même pas entendu arriver, c'est que tu es drôlement fort. Mais dis-moi, jeune prédateur, où sont tes parents ? Si la Grande Forêt est si dangereuse, pourquoi te laisse-t-ils y aller ?"

Pomme avait l'impression de parler aux jeunes de son village, ils étaient parfois têtus et rebelles, tout comme Achéron, mais aucun n'était aussi sauvage qu'Achéron. C'était la première fois que la Faune rencontrait un individu aussi rustre tout en étant aussi jeune. Étrangement, le manque de manière venait avec l'âge, mais là, il avait l'air de relever d'une éducation assez particulière...

HRP:
 
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