Un ours et une brebis [Orson]

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Ven 4 Sep - 18:37
En cet après-midi de septembre, le ciel s'était enveloppé dans son manteau nuageux et soufflait son haleine humide sur le Clan de la Terre. Les petites chaumières du village de faunes rayonnaient encore des couleurs chaudes de l'été. Les maisons en bois peintes tantôt en rouge, en jaune, en vert. A l'exception d'une bicoque grisâtre et abîmé au bout du village, à l'image de son propriétaire, un vieil aigri qui guérisait les malades -enfin, selon son humeur.
Toujours vêtue de sa veste sans manches en cuir brun estivale, Pomme Talys galopait dans les rues biscornues. Elle fit tinter ses sabots sur le pavé doré jusqu'à une adorable maison aux murs marrons clairs et au toit en tuiles vertes irrégulières. Elle poussa la porte en bois plus sombre qui s'ouvrit en un bref grincement. Sur le gros -et troué débordant de mousse à certain endroits- fauteuil bleu trônant dans un coin de la pièce, près d'une fenêtre, siégeait Artus, endormi. Il était grand et fort, avait une peau balzanée et des cheveux noirs. L'exact opposé de sa fille qui marcha jusqu'à lui, posant une main blanche sur son épaule.


"Huum...

- Eh, réveilles-toi !

- Qu'est ce qu'il y a ?

- J'ai rentré le troupeau.

- ..Et ?

- Tu m'as demandé de te réveillé quand j'aurais fini !!

- Ah oui oui..."


Non sans grogner un peu, le mi-homme mi-bouc s'extirpa de son fauteuil et de sa torpeur pour aller chercher un long manteau qu'il surmonta d'une cape brune. Dans une besace, il plongea des vivres et un couteau.

"Tu vas essayer de retrouver les deux qui se sont égarés ?

- Oui ou emmenés. Je vais voir si ils sont toujours sur les Terres Cultivées, je vais me renseigner auprès des villageois, sinon je chercherais un peu plus loin. Je risque de ne pas rentrer avant demain."


Ça l'ennuyait de devoir laisser seule sa fille. Sa si fragile petite fillette de 19 ans. D'une voix sûre, Pomme le rassura, lui dit qu'elle savait se débrouiller et qu'il ne lui arriverait rien en deux jours. Son père sourit, mais elle savait qu'il ne cesserait jamais de s'inquiéter pour elle. C'était son rôle. Un jour, elle aussi aurait ce rôle à tenir, elle aurait à veiller sur quelqu'un jusqu'au bout de sa vie, et cela par amour. Pour l'instant, cela sonnait plus comme un devoir que comme une volonté. Elle ignorait ce que c'était mais savait qu'un jour elle devrait le faire.

Cela faisait trois heures qu'Artus était parti. Pomme avait envoyé le petit Rory lui acheter du bon pain et des légumes de Woodan tandis qu'elle s'était affairée à ranger et nettoyer la maisonnette de fond en comble. Depuis quelques temps, le travail assommait le faune qui avait franchit la soixantaine il y a peu. Il rentrait de plus en plus fatigué et ne faisait plus tellement attention à l'ordre chaotique qui régnait dans sa demeure.

Quand Rory lui avait apporté le panier de courses avec en supplément du bon fromage -un cadeau de la mère du petit-, Pomme découvrit un faune trempé, grelottant. Sans cacher sa surprise, la jeune faune remarqua seulement qu'il pleuvait à seaux sur le village. Le petit disparu dans la grisaille et Pomme se dépêcha de refermer la porte. Un courant d'air humide sur ses pattes lui fit noter que la porte d'entrée était à réparer sinon, ils ne tiendraient pas cet hiver. Elle ferait ça quand la pluie cesserait de battre. Elle alla poser le panier sur la table au milieu de la pièce et déballa les ingrédients, le repas de ce soir lui mettait déjà l'eau à la bouche.

Elle jeta un coup d’œil à l'horloge à côté de la porte de la cuisine. 18h. Elle prit place dans le fauteuil pourpre an face du fauteuil bleu et attrapa un livre dans la bibliothèque basse contre le mur. Elle ouvrit le livre, un de ses préférés qui la passionnait depuis qu'elle était toute petite, "Chroniques d'Endora, Tome 4, Les prouesses de Silvegard". Les aventures du gardien du Clan de la Terre, elles étaient contées partout dans le territoire, à tous les enfants afin de les rendre admiratif du gardien et de leur Clan, c'était aussi un des principaux moyens d'éduquer et de moraliser les enfants encore innocents. Il fallait leur inculquer des valeurs qu'ils n'avaient nul besoin de comprendre, mais de juger bon et d'appliquer.

Quelques minutes déjà qu'elle avait replongé dans son enfance que quelqu'un frappa à la porte. Elle tourna la tête, intriguée. Il tempêtait à présent, les rues pavées et irrégulières du village devaient être impraticables, qui pourrait bien venir jusqu'à sa porte ? Peut-être était-ce Artus qui revenait déjà ? Pomme trotta jusqu'à l'entrée et ouvrit la porte dont le grincement fut masquer par un cracha de tonnerre au même moment. Là, elle trouva une immense masse sombre, comme si un arbre avait poussé en trois heures devant la maison. D'un mouvement de tête, la jeune faune chercha le sommet de cette montagne et tomba sur un visage humain. Un homme marqué par l'âge, la mine d'abord placide, sans vie, puis vint la surprise. Il ne pensait pas se voir ouvrir la porte par la jeune fille apparemment. Elle aussi était étonnée, elle n'avait pas le souvenir de connaitre cet homme, et s'attendait encore moins à voir débarquer un inconnu sur son seuil et par une telle tempête ! Pomme arriva à aligner quelques mots :


"Bonsoir...? Hum... Qui êtes-vous ?"

Puis, la demoiselle revint à la réalité et, avant que l'inconnu ne réponde, le coupa :

"Oh mais, restez pas là, entrez ! Vous devez être trempé, venez !"

En l'accompagnant avec une main dans le dos, elle ferma la porte et se précipita pour enlever le lourd manteau ruisselant de pluie. D'un coffre elle sortit des couvertures et les tendit au vieil homme. Puis elle l'invita à s'asseoir sur le grand fauteuil bleu tandis qu'elle restait debout. Malgré son allure vulnérable, elle se méfiait tout de même un peu de lui. Elle lui demanda d'une voix douce :

"Vous... Voulez quelque chose ? Je peux faire un feu, et il y a d'autres couvertures si vous avez besoin."

Elle le regardait de haut en bas, elle avait autant pitié pour ce pauvre homme sans doute gelé, que peur pour elle, seule face à un inconnu qui ressemblait à de nombreux aspects à un ours.
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Mer 16 Sep - 1:49



A travers pluies et tempêtes, Orson et sa petite famille avaient fendu la campagne des terres cultivées, dans cette vaste toile de champs de blé, d'orge, de pois chiches, de luzerne et de pommiers, de piments et de vaches, de tout ce qu'on peut faire pousser ou paître dans un carré, de tout ce que la terre veut bien donner de vie à ses habitants les plus sédentaires et hardis au travail. A perte de vue cette couverture multicolore s'étalait sous le ciel gris, et Orson regardait le spectacle, admirant et plaignant les paysans, au courage si routinier. Ils avaient pour eux le chant du fleuve, la verdure et la blondeur de leurs champs, le vent dans les vergers et la beauté de quelques fleurs sauvages égarées dans les blés de la civilisation. Ils avaient contre eux l'incertitude de la récolte, la monotonie d'un dur labeur quotidien, la crainte des bandits et des sauterelles, et le mur de verre de l'horizon : la plupart de ces pauvres gens ne verraient jamais les cimes blanches des montagnes rocheuses disparaître dans les nues, ni les îles volantes, pâles dans un ciel d'aurore, ni le flamboiement le soir des murs de Firewall, ni l'embrasement qui vous prends d'un coups quand vous passez de la grande forêt à la forêt rouge,  ni le scintillement du sel à la surface morte des marécages, miroir constellé d'étoiles qui vous renvoie votre figure sous la cathédrale de ces arbres noueux qui poussent sur la mort et abritent des monstres.

Quand il y pensait, Orson se félicitait d'avoir choisi une vie de nomade. Tout lui semblait une merveille, tant qu'il n'y restait pas assez longtemps pour en apprendre par coeur le squelette et l'échaffaudage. Pas d'habitude, pas de lassitude ; des rencontres et des retrouvailles seulement.

A part, bien sûr, sa propre famille et sa roulotte, qu'il avait passé la semaine a traîner avec Anthropos. Le loup et Orson, les pieds glissants et s'enfonçant dans la boue qu'était devenu le chemin sous cette ondée d'automne, se trempaient jusqu'aux os, froids par le temps et chauds par l'effort. A l'intérieur, les enfants dormaient, du moins le supposait l'homme, qui ne les entendait plus piailler ni se demander quand on arriverait depuis déjà quelques temps. C'était dommage ; il aurait enfin pu leur assurer qu'ils arriveraient bientôt à leur prochaine escale.

Orson, cette fois, venait pour une retrouvaille ; il n'était pas passé là depuis, quoi, bien deux décennies, voire trois peut-être. En ces temps il voyageait seul, avec un énorme sac à dos, les cheveux moins salés et la langue moins amère. Les mauvais jours, quand l'argent était trop rare pour l'auberge et l'air trop âpre et humide pour la belle étoile, il se débrouillait pour trouver à dormir chez un local. Tâche parfois difficile : les gens sont méfiants quand ils doivent s'inquiéter de nombreux voleurs et assassins. Dans ce village particulier, cependant, il avait souvenir d'avoir trouvé un toit, une table, et même, en quelque sorte, un ami. Le hasard avait fait qu'il n'était pas repassé par là depuis tout ce temps, mais maintenant, vingt ou mille ans après, qu'il était enfin revenu sur cette route champêtre au milieu des vergers et des troupeaux, il lui semblait indispensable d'aller s'enquérir enfin de la santé de ce bon bougre. Lui aussi, maintenant, devait avoir pris de la neige sur les tempes et des sillons sur le front, mais Orson espérait qu'il se portait bien tout de même.

Il laissa sa roulotte à l'orée du village, et alla en  ouvrir la porte. La petite Alouette dormait sur un des lits, la tête sous une de ses ailes. Fermin et Deah étaient occupés à jouer à un de ces jeux d'enfants qui n'ont ni queue ni tête et où les règles changent au gré de la mauvaise foi du perdant.


-Les enfants, on y est ; restez ici pour le moment, et ne sortez pas vous promener partout, il fait bien moche dehors, et puis on ne sait jamais. Nous resterons peut-être quelques jours, je ne sais pas. Je vais essayer de retrouver ma vieille connaissance du pays, j'espère qu'il n'a pas bougé. S'il est toujours là je vous le présenterais. On vous trouvera bien quelque chose de neuf à faire tant qu'on est ici ! Quand le temps sera meilleur, bien sûr. Bon, j'y vais. Si je ne suis pas rentré quand vous aurez faim, mangez sans moi.

Il se tourna vers le loup qui, quand Orson était entré, avait sauté dans la roulotte et sur cette occasion inespérée de se mettre au sec, et s'ébrouait maintenant avec vigueur et satisfaction, tout en mettant allegrement de la boue partout.

-Toi ! Anthropos ! Tu ne crois pas si bien faire, tu vas rester à l'intérieur, mon grand, voie s'ils ne font pas de bêtises. Et vous, ne lui ouvrez la porte que si il veut faire pipi ou que quelqu'un essaie de voler la roulotte : je ne voudrais pas qu'il soit tenté de croûter les moutons, ça ferait sale impression. Et cette fois ne le laissez pas monter sur les lits, avec ces pattes toutes boueuse.

Il ressortit et se mit en route.

Le village n'avait guère changé ; Orson le trouva très différent. C'était pourtant les mêmes chemins et les même maisons, à peu de choses près,  et il suivit sa mémoire qui, sans faillir -comme quoi tout de même l'âge avait épargné certaines chose!- jusqu'à la chaumière, celle dont il se rappelait, quoi qu'elle semblait maintenant d'une couleur différente. Il y toqua.

A sa surprise, il se trouva face à une petite faune à la toison blanche, l'air intimidée, par peur ou par timidité. En tout cas elle était polie, ce qui semblait toujours étrange à Orson, qui négligeait depuis longtemps la pratique de la courtoisie. Il entra, content de trouver du sec, mais toujours confus : qui donc avait échangé le vieux bouc sombre avec cette jeune chevrette blanche et sautillante ? Peut-être qu'il s'était lassé de la pâture et avait émigré vers d'autres horizons. Peut-être aussi qu'il était mort. Orson espérait que non, mais c'était une possibilité ; tout le monde meurt un jour après tout.
Il jeta un coups d'oeil absent dans la pièce pendant que la petite jeune fille le faisait asseoir dans un des fauteuils, pris dans ses pensées.
Il ne nota pas grand chose. Les meubles avaient l'air d'être les mêmes qu'à l'époque, mais peut-être pas : les meubles rustiques ont tendance à se ressembler. Il fit une petite moue en apercevant le livre ; on empoisonne la jeunesse si tôt avec la propagande d'un clan ou de l'autre ! Et on vous leur entasse de ces idées en tête, et on perpétue les querelles.
Il réalisa enfin qu'il se montrait là plus rustre encore que d'ordinaire et reporta enfin son regard sur la petite chose qui, clairement, avait peur. Il ne lui en portait guère rigueur ; les paysans sont des gens bien vulnérables, et mal protégés.


-Hrm. Bonsoir. Tremble pas va, je vais pas te croquer. Mon nom est Orson Dov, je suis un guérisseur itinérant. Merci pour les couvertures, mais ça ira va, j'ai la peau d'ours et je ne suis pas en sucre, j'ai connu de pires coups de tabac, même une fois j'étais dans un bateau de pêche au crabe et... Enfin, ça ne t'intéresse pas je suppose. Je passais juste dans la région, tu vois, avec les enfants, alors je me suis dis que je ferais un saut. Tu vois, je connaissais le vieil Artus qui vivait ici et... Est-ce que tu peux me dire s'il y vit toujours, s'il est parti ou... Enfin, le nom te dit-il seulement quelque chose ? C'est que ça fait bien longtemps que je suis venu par ici.

HRP:
 


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Sam 26 Sep - 15:50
Debout sur ses grandes pattes de chèvre blanche, les bras croisés barrant son ventre sur sa légère cuirasse, Pomme ne savait pas trop comment agir face à ce vieil ours planté dans le fauteuil. Elle le regardait, tentait de déceler une présence malfaisante en lui, mais il semblait neutre, pas agressif malgré l'épaisse peau d'ours brun qui lui couvrait les épaules et le faisait paraître deux fois plus imposant. Lorsqu'elle lui demanda s'il avait besoin d'autre chose, il refusa poliment avant de divaguer à propos de... Crabes ? Il avait la carcasse solide apparemment, lui, pas les crabes. Il s'appelait Orson Dov, un nom qui ne lui disait absolument rien. Bien que rocailleuse et terne, sa voix était rassurante, il semblait être un brin plus bienveillant. Surtout le fait qu'il soit guérisseur apaisa la jeune fille qui se détendit un peu, relâchant ses épaules. Alors, l'individu expliqua la raison de sa venue. Il serait déjà passé par là il a quelques années – ou quelques décennies sans quoi Pomme aurait été au courant, et aurait trouvé refuge ici même, chez le "vieil Artus" d'après lui...

La faune dressa les sourcils en entendant le nom de son père. Alors comme ça ils se connaissaient ? Dommage que ce-dernier soit justement parti quelques heures plutôt. Orson lui demanda ce qu'il était devenu, s'il habitait toujours la maison ou s'il était parti. Parti ? Ce mot là ne faisait pas partie du vocabulaire du vieux faune brun. Il était casanier jusqu'au plus profond de lui même. Il détestait quitter son chez soi, les gens de la ville avaient tendance à l'exaspérer. C'était souvent sa fille qu'il envoyait au marché quand elle eut l'âge et qu'il ne fut plus obligé d'y aller.

Décroisant les bras, elle se mit à triturer ses petites mains passementés à certains endroits, les revers du travail dans les prairies avec les animaux, les mains s’abîmaient plus vite que tout le reste. Elle répondit alors au vieil ours d'une voix plus confiante que tout à l'heure :


"Oui, il vit toujours ici. C'est juste qu'il a dû s'absenter ce matin à cause de moutons disparus... C'est mon père."

Fit-elle avec une note de fierté dans la voix.

"Vous vous connaissez bien ? Je suis navrée mais... Je ne me souviens pas avoir entendu parler de vous... Après, mon père peut se montrer secret parfois, il ne dit pas toujours tout."

Elle sourit sans s'en rendre compte. Finalement, il n'y avait pas de raison d'avoir peur, si c'était un ami de père. Tout en l'écoutant parler, Pomme se dirigeait vers la petite cheminée biscornue. Sur le côté elle attrapa trois bûchettes qu'elle plaça dans l'âtre qui avait servit pour la dernière fois il y avait environ six mois. Elle ajouta des brindilles et saisit une allumette sur le haut de la cheminée. Le feu prenait doucement, les brindilles se consumant petit à petit.

Comme une petite fille, elle resta quelques minutes devant les flammèches, hypnotisée, avant de se retourner vers l'invité, les sourcils froncés, l'air pensif :


"Vous n'avez pas parlé de vos enfants ? Où sont-ils ?"

Vu d'ici, accroupie par terre, l'homme bête paraissait encore plus monstrueux, ancré dans le siège, tout foisonnant de fourrure.

HRP:
 
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